Bien vivre en couple – Interview d’Edith Rosset

Vous venez de publier un nouveau livre « Bien vivre en couple, ça s’apprend ». Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la vie de couple ?

Mon premier livre traitait de l’anxiété sociale et de la façon dont il est possible de se détacher du regard des autres. Je montrais alors comment les interactions avec les autres peuvent être une source de problème mais sont également une opportunité pour évoluer dans son rapport avec soi-même et finalement dans son rapport aux autres.

J’ai donc souhaité approfondir la question de relation à l’autre, mais ici dans le domaine plus spécifique du couple et de la vie affective. L’anxiété, le manque de confiance en soi, les problèmes relationnels du passé ont indéniablement un impact sur la relation de couple. Mais dans le même temps, le couple offre la possibilité de guérir de ses blessures. Il représente une opportunité pour murir et pour grandir dans sa relation à l’autre.

Comment faire de son couple un espace capable de guérir nos blessures et de nous faire grandir ?

La vie de couple peut être le révélateur de problèmes que nous avons dans sa relation à autrui. Dans la relation de couple, cela se traduit par des blocages. C’est pourquoi dans mon livre, j’ai identifié cinq clés. Ces clés permettent d’ouvrir les verrouillages qui ont pu s’établir.

Quelle est la première de ces clés pour bien vivre en couple ?

La première clé est de sortir de ses propres schémas mentaux. Du fait de blessures antérieures ou d’expériences amoureuses passées, certaines personnes peuvent en effet, sans forcément s’en rendre compte, se construire des représentations de ce que devrait être leur relation de couple. Ces personnes ont une approche très cérébrale et se font une idée précise de ce que devrait être une relation idéale. Elles définissent des critères à atteindre. Dans ce cas, l’attraction qui existe au début de la relation, qui est souvent très spontanée et sensorielle, finit par s’estomper. Le charme initial de la relation disparait alors.

Ces représentations que l’on se fait de sa relation de couple masquent en réalité souvent des peurs. Ce peut être la peur de souffrir encore, la peur de « se faire avoir », la peur que l’autre ne nous aime pas assez, la peur de perdre l’autre, la peur d’être rejeté … Ces peurs sont la conséquence de schémas anciens qui empêchent de voir la relation tel qu’elle est vraiment. Il existe de nombreux schémas qui nous limitent : la dépendance affective, le perfectionnisme qui nous fait dire « il ou elle n’est pas assez bien », l’auto-sabotage qui nous fait penser « moi, il ne m’arrive jamais rien de bien », la volonté de contrôle, la difficulté à se décentrer de soi…

Comment se libérer de ses propres schémas mentaux par rapport à sa vie de couple ?

Il s’agit d’abord d’observer ses peurs et de les identifier car elles sont révélatrices de nos schémas de pensée.

Ensuite il convient d’être vigilant aux pensées automatiques qui nous habitent. Ce sont des pensées abstraites qui formulent une évaluation, un jugement ou des suppositions. Elles sont en lien avec nos croyances et nos représentations. Ce sont typiquement des questions qui portent sur le « qui » et le « pourquoi » : « qu’est-ce qu’il a voulu dire ? », « pourquoi elle fait cela ? », etc. Ces pensées prennent souvent la tournure de ruminations et bloquent la relation. Elles conduisent à mettre en place des mécanismes de défense comme l’évitement, le contrôle, le stress…

Au contraire, je recommande de se focaliser sur les pensées qui concernent l’expérience avec l’autre, sur le « ici » et le « maintenant ». Ce sont des questions concrètes qui portent sur le « quoi » et le « comment » : « quel est mon besoin ? », « quel est son projet ? », « qu’est-ce qu’elle aime ? », « comment faire avancer le projet ? », « quel effet cela a sur moi ? », « qu’est-ce que je ressens ? »… Ces pensées déclenchent la production de dopamine et d’ocytocine qui sont des hormones de motivation et d’attachement.

Enfin, il faut être beaucoup moins dans sa tête et beaucoup plus dans son corps et ses sensations. Je conseille pour cela ce que j’appelle des pauses « RESPI » pour « Relâcher Entièrement Sa Pression Intérieure ». C’est un exercice de pleine présence corporelle et de cohérence cardiaque qui se fait en se recentrant sur sa respiration. Cela permet de réduire le stress qui, on le sait, renforce les ruminations. La méditation est également à recommander.

Avoir des schémas de pensée est-il inévitable ?

Nous avons tous des illusions romantiques. Les hommes ont grandi dans un univers de superhéros, les femmes dans celui des princesses. Or ce sont deux univers qui s’opposent ! Ainsi l’homme est à la recherche de Lara Croft alors que la femme se rêve en princesse. Dans le même temps, la femme attend son prince charmant alors que l’homme s’imagine en Batman. Nous sommes encombrés par de nombreux idéaux par rapport à la relation. On ne voit pas l’autre tel qu’il est ou telle qu’elle est mais tel que nous l’imaginons dans une relation rêvée.

Aussi je propose aux couples que je suis en thérapie de réfléchir à leurs illusions romantiques. Quels idéaux ils ont de la relation et comment ces illusions peuvent freiner leur relation ? En disant « c’est comme cela que je vois les choses », en restant dans le registre du « devoir » et du « falloir », c’est en fait l’égo qui parle. Ce sont des pensées abstraites qui ne sont pas liées au présent. Cela peut conduire à des comportements négatifs : éviter d’aborder certains sujets, ne pas exprimer ses sentiments, ne pas poser de questions… Or il est essentiel de s’ouvrir à l’autre pour que la relation puisse être suffisamment claire et durable.

Apprendre à bien vivre en couple, cela nécessite aussi de savoir faire face aux désaccords et aux conflits.

Oui, c’est pourquoi la seconde clé que j’ai identifiée pour bien vivre en couple est de passer du conflit à la communication. Cela passe par une communication bienveillante et la capacité à observer ses propres besoins et à demander à l’autre quels sont les siens. Il est également important de formuler ce qui est important pour soi et d’interroger l’autre sur ses valeurs. C’est essentiel pour un engagement durable.

La troisième clé est de passer de la critique à la créativité. En effet, la critique ne permet pas de résoudre les problèmes. Au contraire, elle va rigidifier la relation et de créer de la tension. De plus, le schéma « j’ai raison, l’autre a tort » ne nous amène pas à grandir. Je propose à chaque partenaire du couple d’accepter l’influence de l’autre. Cela permet de laisser la place à la créativité de chacun pour trouver une solution à un problème. Cette co-création dans la résolution des problèmes est également ce qui permet à chacun d’apprendre et de grandir.

Avoir des valeurs partagées est également un élément clé pour une relation durable.

Oui car les valeurs partagées permettent de passer du conformisme à la connexion. C’est pour moi la quatrième clé du bien vivre en couple.

En effet, on a parfois tendance à se conformer à ce qu’on nous dit qu’il faut faire dans une vie de couple. Or, cela ne prend pas en compte notre singularité. C’est pourquoi il est important de bien connaître ses propres valeurs et celles de son compagnon ou de sa partenaire. Pour qu’une relation de couple soit durable, il est important que les valeurs soient communes ou soient acceptées.

Le conformisme, c’est s’attacher à des principes qu’on se fixe et non à ses valeurs. Il s’agit donc de se libérer des principes extérieurs pour être davantage centré sur ce qui compte vraiment pour soi. C’est essentiel pour être en connexion avec son partenaire.

Je recommande pour cela des exercices de cohérence cardiaque. En prenant le temps pendant cinq minutes de respirer et d’être en pleine conscience dans son corps, cela permet de mieux ressentir ce qui peut être pour soi une source de tristesse ou de colère. Ces émotions sont précieuses car elles permettent de révéler un sentiment d’injustice. Or ce sentiment d’injustice est souvent lié à un décalage dans ce que l’on vit par rapport à ses valeurs. Il est ainsi possible de prendre conscience de ce qui se joue dans la relation ou bien de ce qui n’est pas activé dans la relation.

Vous montrez enfin comment renforcer la complicité dans son couple.

Oui c’est la cinquième et dernière clé : comment passer du contrôle à la complicité. Vivre en couple, c’est s’engager sur le fleuve d’amour. Or lorsqu’on navigue sur un fleuve, on n’a pas le contrôle du flot de l’eau. C’est la même chose dans la vie de couple, on ne peut pas avoir contrôle sur tout. Cela peut faire peur à certaines personnes, qui vont alors chercher à tout prix à se contrôler ou à contrôler la relation, ou même les deux.

Or cette volonté de contrôle empêche de créer une réelle complicité. C’est pourtant le désir de tous les couples. Il s’agit donc de travailler sur le lâcher-prise. Il faut bien sûr tourner le dos à la jalousie qui est sans doute ce qu’il y a de pire. Mais il est également important d’accepter que son partenaire puisse avoir d’autres centres d’intérêt que la relation. Il y a un juste milieu à trouver entre fusion et dépendance. C’est le secret pour une relation complice et durable.

Interview du 3 août 2021

Edith Rosset est psychologue et sophrologue. Elle accompagne des couples depuis plus de dix ans par la pratique de thérapies comportementales et cognitives (TCC) notamment celle orientée vers l’acceptation et l’engagement (ACT). Elle s’est également formée à la neuropsychologie. Edith Rosset est l’auteure de « Se libérer du regard des autres », un guide de développement personnel, et de « Bien vivre en couple, ça s’apprend », un ouvrage pour construire une vie de couple épanouissante et pour développer son potentiel affectif.

 

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